Tentatives de définition de concepts clé

Tout au long de ce blog, nous tenterons d’évaluer la performance d’une multitudes d’initiatives qui ont vu le jour pour lutter contre la pauvreté. Il parait donc pertinent de dédier un article pour tenter de définir certains termes clé.

Économie Sociale

Elle désigne une façon de faire l’économie qui a pour lignes directrices, les services aux membres et à la communauté plutôt que la recherche du profit, l’autonomie de gestion et le processus démocratique, la primauté des personnes et du travail sur le capital dans la redistribution des bénéfices (Bidet, 2000; Defourny, Develtere, & Fonteneau, 1999).

Société civile

Delvetere et Fonteneau (2002) définissent la société civile comme une réalité qui englobe des organisations très différentes à savoir : les syndicats, les associations, les églises, les média, les organisations d’employeurs etc. Les auteurs remarquent que ce concept est surtout utilisé par les grandes institutions internationales. Il s’agit là d’une sphère intermédiaire entre la société politique (les services publics) et économique (les entreprises).

Tiers secteur

Il fait référence au secteur à but non lucratif (non-profit sector) dans lequel évoluent les organisations de la société civile. Salamon et Anheier identifient cinq caractéristiques communes aux organisations qui y opèrent : elles sont organisées, privées, ne redistribuent pas de profit, sont autogérées et leurs membres y adhèrent de façon volontaire (Salamon & Anheier, 1998, p. 216).

Organisations non gouvernementales

Selon Pech & Padis

Il s’agit d’un type d’organisations de la société civile. Leur particularité est de ne pas empiéter sur la sphère politique. Pech et Padis (2004) les définissent comme  l’ensemble des organisations ne relevant ni de la sphère publique, ni de la sphère marchande, mais d’un tiers secteur. Elles sont composées d’associations, de syndicats et d’organismes humanitaires et de développement. Leur mission n’est pas la recherche du profit mais de fournir des biens des services au public à bas coût puisque leur vocation est d’utilité sociale (Pech & Padis, 2004, p. 8).

Cependant, cette définition ne permet pas de faire une différence notable entre le concept de société civile et d’ONG.

Selon la Banque Mondiale

Il faut faire appel à la définition de la Banque Mondiale pour comprendre qu’on utilise surtout ce concept dans un contexte de développement :

[an NGO is a ] private organization that pursue activities to relieve suffering, promote the interest of the poor, protect the environment, provide basic services, or undertake community development. In wider usage, the term NGO can be applied to any non-profit organization which is independent from government. NGOs are typically value-based organizations which depend in whole or in part, on charitable donations and voluntary service (Malena, 1995, pp. 13-14).

Ma définition des ONG
Face au manque de consensus sur comment définir les ONG, pour des fins de recherche, j’ai crée une définition hybride qui combine la définition de Pech et Padis à celle de la Banque Mondiale. Les ONG sont alors l’ensemble des organisations privées ne relevant ni de la sphère publique, ni de la sphère marchande dont la vocation est d’utilité sociale. Elles sont porteuses de valeurs émancipatrices telles que la Liberté, la Justice et l’Équité pour promouvoir leur vision d’un monde plus juste. Leur action s’articule autour du don (dons financiers, matériels et travail volontaire) et en contrepartie, elles offrent des biens et des services quasi-gratuitement à des bénéficiaires vulnérables.On retrouve les ONG dans quatre domaines :

  1. le développement, où elles aident à bâtir un cadre propice à l’amélioration des conditions de vie de leurs cibles sur le long terme (accès à l’éducation pour tous, amélioration de la gouvernance, prévention des conflitsEx: Oxfam International ou Care
  2. l’humanitaire où leur mission est de répondre à des situations de crise sur une période généralement plus courte Ex: La Croix Rouge
  3. la défense et le respect des droits des personnes Ex: Amnistie Internationale
  4. l’environnement et la préservation de la nature Ex: WWF ou Greenpeace

Remarquons cependant que la tendance est à intervenir dans plusieurs domaines à la fois. C’est ainsi que des organismes comme Oxfam mettent en oeuvre des programmes de lutte contre la pauvreté sur le long terme, déploient des services d’aide d’urgence, élaborent des campagnes contre le réchauffement de la planète et mènent des actions de plaidoyers.

Institutions

Ma vision de l’économie du développement est influencée par les théories néo-institutionnelles selon lesquelles, la lutte contre la pauvreté doit nécessairement passer par l’amélioration des institutions qui elles créeront un cadre propice à un développement en faveur des pauvres. C’est pourquoi, la notion d’institution est centrale.

Scott définit les institutions comme les structures cognitives, normatives, régulatrices et les activités qui donnent un sens au comportement social (Scott, 2001, p. 166). Commons (1931) parle plutôt de dichotomie entre les institutions formelles et informelles. Les institutions formelles sont des organisations, des groupes de personnes qui se mettent ensemble pour la réalisation d’un objectif commun. C’est le cas des familles, universités, entreprises et de l’État. Les institutions informelles sont plutôt des systèmes de normes sociales, telles que les systèmes de valeurs, les façons de faire ou les traditions.

Les institutions formelles

Les institutions politiques

Comme les individus ont des intérêts divergents, il est nécessaire de mettre en scène un arbitre qui va user d’un pouvoir coercitif pour contraindre et influencer leurs comportements. Cet arbitre a pour mandat de déterminer des lois, de s’assurer de leur application et de sanctionner les comportements opportunistes. Il est garant du respect de valeurs émancipatrices telles que la liberté, l’égalité, la justice sociale, le respect des droits de l’Homme etc. Les acteurs sociaux agissent en fonction d’un arbitrage coût/bénéfice, c’est-à-dire qu’ils ne décideront de se conformer aux lois tant que les sanctions encourues sont inférieures aux bénéfices de fonctionner dans l’illégalité.

Les institutions politiques peuvent être nationales Ex: l’État à travers son système législatif et judiciaire. Elles peuvent aussi être supranationales, comme c’est le cas des Nations Unies par exemple.

Les institutions économiques

Les économistes de la théorie néo-institutionnelle partent du principe selon lequel le marché est imparfait et les acteurs disposent d’une rationalité limitée. Les agents économiques ont des intérêts divergents et pour limiter les comportements opportunistes des uns au détriment des autres, on doit faire appel à une tierce partie qui va faire office d’arbitre et s’assurer de faire appliquer la loi. Cet arbitre aura recours à des mécanismes de coercition (persuasion, contrôle et sanctions) (DiMaggio & Powell, 1983). Les institutions économiques sont donc les «règles du jeu» :

« [Institutions are] the rules of the game and organizations are the players. […] Institutions are the constraints that human beings impose on human interaction. They consist of formal rules (constitutions, statute law, common law, regulations) and informal constraints (conventions, norms and self enforced codes of conduct) and their enforcement characteristics. (North, 1998, p. 15)

Elles sont socialement construites, régulent les interactions entre les acteurs sociaux, permettent de maintenir un environnement suffisamment stable se lequel fonder la performance économique à long terme :

We cannot feel, touch, or even measure institutions; they are constructs of the human mind. […] they are the underlying determinant of the long-run performance of economies. (North, 1990b, p. 107)

The major role of institutions in a society is to reduce uncertainty by establishing a stable (but not necessarily efficient) structure to human interaction.» (North, 1990b, p. 6)

Elles représentent toutes les organisations qui ont pour but de mettre en place les règles de gouvernance qui régissent une ou plusieurs dimensions de la sphère économique. Parmi les plus reconnues au niveau mondial, on peut citer le FMI et l’OMC.

Les institutions informelles (institutions sociales ou mentalités)

Les institutions sociales sont les normes et valeurs intériorisées par les individus lors du processus de socialisation (mentalité). Ce sont elles qui fournissent un cadre prescriptif aux acteurs sociaux et permet d’évaluer leurs comportements selon ce qui est attendu d’eux  et ce qui est approprié de faire. Les règles ici ne sont pas écrites, elles sont implicites. C’est l’autorité morale qui influence à agir selon ce qui est attendu de nous. Il faut se conduire selon les modèles prescrits (devoir, valeurs, système d’autorité etc.) pour maintenir la stabilité des croyances partagées et du système de valeurs. Les comportements déviants pourront être sanctionnés par l’exclusion sociale.

Développement

Traditionnellement, la notion de développement était réduite à la croissance économique. On mesurait le niveau de développement par la croissance des revenus d’un pays (Produit Intérieur Brut (PIB) per capita ). Or, la croissance est une condition nécessaire mais non suffisante au développement.

D’abord parce que  mesurer la croissance économique par le revenu par habitant ne permet pas de tenir compte de la façon dont les revenus sont distribués à l’intérieur du pays. Prenons l’exemple extrême du Botswana, pays d’Afrique australe. En 2005, En son revenu par habitant de presque 12 387$ le classe au rang de 54ème pays le plus riche au monde (UNDP, 2005). Pourtant, 49,4% de sa population vit avec 2$ par jour[1]. Ceci donne une indication que les richesses ne sont pas également réparties.

Ensuite, parce que le revenu par habitant ne donne pas d’indication sur la qualité de vie des habitants. Il faut  alors tenir compte de variables qualitatives (droits sociaux et politiques) pour apprécier l’amélioration réelle des conditions de vie des individus : il s’agit du développement humain.

Le PNUD définit le développement (humain) comme :

a process of enhancing human capabilities—to expand choices and opportunities so that each person can lead a life of respect and value.» (UNDP, 2000, p. 2)

L’organisme a alors développé un indicateur de développement humain (IDH) [2]qui permet d’effectuer une classification des pays selon leur niveau de développement. Reprenons notre exemple, le Botswana se classait 54ème pays le plus riche au monde chute de 70 places si on mesure son niveau de développement humain.

La Banque Mondiale définit le développement en termes de développement durable. En plus des indicateurs précédents, elle considère aussi le respect et la protection de l’environnement et de l’efficacité des institutions économiques et politiques[3].

Pauvreté

Tout comme le développement, la pauvreté est multidimensionnelle. Amartya Sen la comprend comme  un déficit de capacités à vivre dignement en société. Pour lutter contre la pauvreté, il faut renforcer les capacités  des acteurs vulnérables et les amener à se les réapproprier afin qu’ils soient en mesure de participer de manière autonome à l’amélioration de leurs conditions de vie. Ce processus de renforcement des capacités c’est l’empowerment.

Ainsi,  la pauvreté n’est pas seulement économique (insuffisance de ressources financières), mais correspond également à l’absence d’autres ressources nécessaires au développement humain (éducation, santé, logement etc.) et à la  participation aux activités sociales (égalité, respect des libertés politiques et la possibilité de faire des choix).


[1] Source : The Human Development Report 2007/2008 Data [base de données en ligne], PNUD, [réf. d’avril 2009]. <http://hdrstats.undp.org>

[2] L’IDH est construit à partir de trois indicateurs : le revenu (mesuré à l’aide du revenu en parité de pouvoir d’achat); l’éducation (taux d’alphabétisation des adultes et taux de scolarisation) et la santé (espérance de vie à la naissance).

[3] Source : World Development Indicators, [réf. d’avril 2009].

2 Commentaires :

  1. Je viens de me rendre compte en lisant la definition de la pauvrete de Amarya Sen, que ce concept est vraiment centre sur l’indidualisme Occidentale et de ce fait pourrait etre biaise si applique dans nos societes traditionnelles. La participation de maniere autonome dont il parle pourrait elle vraiment s appliquer dans un contexte Africain de complementarite et d entraide? Christiane

    1. Bonjour Christiane,
      c’est une bonne question que tu poses là. Vois-tu, je pense par contre que cette définition est très intéressante car elle est inclusive car elle fait référence aux différentes sphères (économiques, politiques et sociale) qui sont nécessaire au bon développement.Est ce que cette définition s’applique au contexte africain? Je pense que oui. Sen a bâti sa théorie majoritairement sur l’exemple indien, qui selon moi est semblable sur certains points sur l’Afrique. Enfin, je suis d’accord avec toi sur le fait qu’en Afrique nous vivions dans un contexte d’entraide. Cependant, cette entraide se limite à un niveau micro (au sein d’une ethnie, d’une famille, d’une communauté restreinte) mais si on regarde au macro, je pense que nous ne sommes pas si solidaires que cela. Les problèmes de corruption (clientélisme, détournements de fonds etc.) le montrent. Peut-être que la somme de petits groupes d’entraide ne crée pas nécessairement un tout solidaire. Qu’en penses-tu?

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