Ils n’ont pas attendu pour offrir une éducation de qualité

On a déjà fait le constat du manque cruel d’éducation de qualité dans les pays du Sud. Il existe cependant des écoles qui enregistrent des résultats satisfaisants. En Janvier 2015 j’ai rencontré les jeunes de l’école primaire de Chiekouo dans le village de Baham dans l’ouest du Cameroun. Cette école a été construite au milieu des années 1920 et est située à côté d’une église qui la finance depuis sa création. L’école est financée majoritairement par les dons des paroissiens dont les enfants fréquentent l’établissement.

Un village comme tant d’autres en Afrique

Pour vous mettre dans le contexte, Baham est un village reculé et Chiekouo se trouve au sommet d’une montagne. Ce village, comme beaucoup de zones rurales en Afrique, est marqué par le chômage, la pauvreté et l’absence d’infrastructures de qualité. Il n’y a pas d’eau courante, les routes ne sont pas goudronnées et les hôpitaux ne disposent pas de tout le matériel dont ils ont besoin.

L’agriculture est la première activité économique mais la qualité du sol ne permet pas aux agriculteurs de profiter de cultures variées et abondantes. Le sol est pauvre en eau puisque les forêts d’eucalyptus de la région ont appauvri les nappes phréatiques. Par conséquent, les familles sont sans cesse à la recherche de moyens de survivre. Cette survie passe par :

  • la vente de vivres au marché – même si cela nécessite de réduire les rations familiales pour avoir suffisamment à vendre.
  • le choix de ne pas envoyer les enfants – et encore moins les filles – à l’école faute de moyens
  • le mariage des jeunes filles pour percevoir la dot

Certains se livrent même au banditisme soit parce qu’ils sont révoltés ou peut-être parce c’est aussi la solution facile.

Des jeunes doués et motivés à apprendre malgré l’adversité

Malgré les obstacles que j’ai cités plus haut, l’école de Chiekouo accueille tous les ans une cinquantaine d’élèves. Les jeunes du village et des villages voisins préfèrent marcher de longues heures pour s’y rendre parce que cet établissement est reconnu pour son excellence : il enregistre chaque année entre 90 et 100% de réussite à l’examen de passage au secondaire. Par ailleurs, l’école se retrouve dans le top 10 des écoles les plus performantes de tout l’arrondissement.

Comment expliquer ce succès?

Les paroissiens qui financent cette école sont des personnes défavorisées à l’image de la majorité de la population du village. J’ai l’impression que cette précarité les poussent à être créatifs. C’est assez paradoxal non?

Ce sont des jeunes motivés

Leur motivation est d’autant plus grande qu’ils savent ce à quoi leur famille renonce pour pouvoir leur offrir une éducation de qualité. Les frais de scolarité varient entre 11 000 FCA (16.92 € ou 26,82 $CAD) et 25 000 FCFA (38.46 € ou 60,97 $CAD) selon le niveau d’étude. Quand on sait que 48% de la population africaine vit avec moins de 1,25$ par jour, on comprend le sacrifice que cela représente.

Plus de temps pour assimiler la matière

L’école ne dispose que de 3 salles de classes fonctionnelles pour enseigner 6 niveaux d’étude. Il a fallu combiner 2 niveaux d’étude dans chaque salle pour pouvoir accueillir tout le monde. Par conséquent, les enfants passent deux ans dans la même salle de classe et apprennent à la fois les leçons du premier et du deuxième niveau. Cette technique s’est avérée particulièrement efficace pour consolider l’apprentissage  et mieux les jeunes à assimiler la matière.

Une éducation théorique et pratique

L’enseignement que les jeunes de Chiekouo reçoivent est à la fois théorique et pratique mais est surtout axée sur les besoins selon le contexte.

Nous n’avons pas de livres au programme. Tous les livres que nous utilisons sont hors programme [Car ils n’ont pas les moyens d’acheter les livres récents recommandés par l’éducation nationale]. Nous essayons de sortir des connaissances de gauche à droite pour compléter l’éducation des étudiants. Directeur de lécole

Les enfants suivent en plus des cours théoriques, des cours pratiques qui les aident à contribuer au bien-être de leur famille. Pendant les cours d’arts plastiques, ils apprennent à confectionner des objets courants en terre cuite et autres matériaux auxquels ils ont facilement accès. On leur apprend aussi à préparer des produits de base tels que le savon, l’argile et les médicaments à base de plantes.

Est ce que vous connaissez vous aussi des écoles comme celle-ci qui peut être considérée comme une success story en matière d’éducation en Afrique et ailleurs?

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