Sorcellerie et développement – Partie 2 : le syndrome du guerisseur

Qui sont ces guérisseurs qui prétendent soigner le SIDA, le paludisme ou le cancer?

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Ce documentaire s’est penché sur la question.

La problématique du SIDA en Afrique est complexe.

Le continent Africain est le plus touché par le VIH-SIDA. Malgré les milliards que le Nord envoie pour la sensibilisation et les traitement des malades, c’est une maladie qui est encore mal connue chez nous. Les milliards investis ne parviennent pas encore à changer certains comportements sociaux qui sont un obstacle à la maîtrise de la pandémie sur le continent.

La honte et le secret

Le plus gros problème demeure la peur du regard des autres. La séropositivité est très souvent associée à la mort. D’une part parce que les patients savent qu’ils seront abandonnés par leur famille et amis. Ceci explique qu’ils préfèrent garder leur séropositivité secrète et préférèrent se tourner vers la médecine traditionnelle qui préserve leur anonymat.

Même si beaucoup d’africains consultent des guérisseurs, les interactions se font dans le plus grand secret. Le pouvoir de guérir n’est révélé qu’aux initiés et il y a une croyance populaire selon laquelle les guérisseurs tiennent leur pouvoir du monde invisible et par conséquent, les manifestations de ces pouvoirs dans le monde visible ne peuvent pas être révélés.

L’incompréhension

Le documentaire ci dessous explique très bien la psychologie autour du SIDA. Beaucoup de malades africains – sur le continent ou en occident – ne comprennent pas pourquoi la médecine moderne ne peut pas guérir la maladie. Ils préfèrent alors se tourner vers la médecine traditionnelle car pour eux, les choses qu’on ne peut pas comprendre relèvent forcément du domaine de la sorcellerie et  les guérisseurs seraient donc les mieux placés pour les guérir.

Les moyens financiers et la disponibilité des médicaments

Le Nord injecte chaque année des milliards pour lutter contre la propagation du SIDA mais les dollars du SIDA sont détournés par les gouvernements du Sud si bien que ce n’est qu’une petite partie de l’aide qui arrive à bon port. Des miettes, qui ne suffisent pas à faire face à l’ampleur du phénomène. Comme la demande en ARV est plus élevée que l’offre, le prix des médicaments est élevé et les personnes défavorisées qui ne sont pas prises en charge par les ONG sur le terrain n’ont pas les moyens de se soigner.

Le business des guérisseurs

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Publicité d’un guérisseur en Afrique

La prévalence du SIDA a crée des opportunités non pas seulement pour ceux qui détournent l’aide mais aussi pour les pseudo guérisseurs qui affirment pouvoir guérir le SIDA. Ces guérisseurs peuvent au mieux atténuer les symptômes et peut être guérir les maladies opportunistes mais ils ne peuvent pas faire disparaitre la maladie. Les plus malhonnêtes utilisent les croyances populaires pour ne pas avouer leur ignorance. C’est tellement plus facile de faire croire qu’on a été envouté que d’expliquer à un séropositif ce que c’est que le VIH et pourquoi on ne peut pas guérir de la maladie.

Résultats des courses :

  • les pseudo guérisseurs créent plus de confusion dans les esprits en laissant penser que le SIDA peut être guéri.
  • ils donnent de faux diagnostics (envoutement) et donnent de faux espoirs aux malades qui tournent le dos à la médecine moderne au risque d’aggraver leur condition.
  • les malades qui se pensent guéris, continuent à avoir des pratiques irresponsables qui favorisent la propagation du fléau (relations non protégés, contamination par le sang etc.)

Adapter la prise en charge aux réalités du continent

J’ai trouvé ce documentaire particulièrement intéressant parce qu’il présente une nouvelle façon de prendre en charge les personnes infectées grâce à la cohabitation entre les médecines traditionnelles et modernes.

Il est important de mentionner que ce qu’on entend par médecine traditionnelle ici c’est la médecine par les plantes et non la médecine « à la vaudou ». La médecine moderne se chargerait – au moyen de la tritéraphie – de renforcer le système immunitaire des malades. La médecine traditionnelle quant à elle mettrait ses connaissance des plantes à contribution pour soigner les maladies opportunistes et atténuer certains symptômes. Par ailleurs, les guérisseurs ont une part importante à jouer car c’est vers eux que les malades se tournent en premier. On peut utiliser leur rôle et de leur connaissance de la psychologie des malades africains pour renforcer les efforts de sensibilisation.

Des solutions possibles?

Pour que cette cohabitation soit bénéfique, il faut que les guérisseurs soient mieux organisés et mieux encadrés pour éviter les dérives. Ce n’est qu’en les rendant responsable des malades qui les consultent qu’on peut garantir des comportements adaptés. Formaliser le corps des guérisseurs permettrait aussi le partage de connaissances, de faire un inventaire des plantes médicinales ainsi que leurs actions sur la santé et de mieux contrôler l’association entre plusieurs plantes. Enfin, ce serait un moyen d’identifier les vrais guérisseurs des charlatans.

Mais l’encadrement de ces guérisseurs risque de se heurter à un obstacle du taille : le secret. C’est justement ce secret qui donne autant de pouvoir aux guérisseurs. C’est grâce à lui qu’ils justifient des honoraires élevés pour « invoquer les esprits » même si en bout de ligne les potions ne sont rien d’autres que des plantes cueillies dans leur jardin. Révéler leur secret pourrait mettre leur profession en péril en augmentant la concurrence ou leur faisant perdre leur statut de choix dans la société.

Avez-vous déjà eu recours aux services de guérisseurs? Pensez-vous qu’ils ont un réel pouvoir de guérison?

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