Le pouvoir du pardon

Aujourd’hui, le Rwanda se souvenait du génocide qui a bouleversé une génération entière il y a de cela 20 ans. Pendant 100 jours, à partir du 6 avril 1994, des milliers de rwandais ont connu la mort pendant le dernier génocide du XXème siècle mais aussi le plus rapide. Environ 1 million de rwandais ont trouvé la mort entre avril et juin 1994.

Ce qui est spécial cette année c’est que le président rwandais a réussi à fédérer toute une nation autour de ce deuil national. Le message était simple : Se souvenir mais surtout pardonner.

Je ne sais pas si vous arrivez à vous l’imaginer mais aujourd’hui beaucoup de Tutsis, qui ont vécu le génocide ont décidé de pardonner. Je me souviens de ma première colocataire ici à Montréal. Je me souviens qu’elle stockait toujours plein de canettes de nourriture dans le garde-manger par peur de manquer de quoi manger. Je me souviens aussi qu’il y avait des soirs où elle était totalement absente, où elle avait peur. Je n’ai jamais su pourquoi. Je l’imaginais des fois à Kigali, fuyant ses bourreaux, après que sa famille se soit fait massacrée sous ses yeux. Combien de Rwandais connaissons-nous qui ont été traumatisés par les atrocités dont ils ont été témoins? Des meurtres à la machette… des viols. etc.

En regardant le journal de France 2 ce soir, j’ai été touchée par le fait que 20 ans, les bourreaux et les victimes parviennent à vivre ensemble. Ils sont restés voisins, leurs enfants fréquentent les mêmes écoles, ils sont même peut-être membres de la même église, comme si de rien n’était. Cette année, les victimes Tutsis mais aussi des bourreaux Hutus ont témoigné pendant la cérémonie commémorative. Du jamais vu!

Le reportage parlait entre autre d’un monsieur X, qui confessait avoir tué plusieurs de ses voisins tutsis. Il a été condamné à 9 ans de prison et a demandé pardon aux familles des victimes. Après avoir été relâché, il vit aujourd’hui dans le même quartier que la famille de ses victimes. Une survivante dit lui avoir pardonné dans son coeur et c’est pourquoi aujourd’hui, elle n’a pas de problème à vivre non loin de lui, sans rancune, ni haine. Je ne sais pas si vous vous rendez compte ce que cela représente autant pour le bourreau que pour la victime. J’essaie de l’imaginer et je pense que c’est vraiment une belle leçon de vie que les Rwandais nous montrent là : ne pas oublier mais surtout pardonner pour que cela ne se reproduise pas. Un message très fort, si simple et efficace qu’il semble surnaturel. De quoi faire réfléchir les centrafricains.

Remarquons que la religion a joué un rôle crucial après le génocide. Autant pour apaiser les victimes traumatisées, faire repentir les anciens bourreaux et donner la force de pardonner.

Le National Geographic a écrit un très bon article (en anglais) sur le sujet ainsi que des photos de toute beauté, qui représente la société – sans haine – que le Rwanda est devenu.

Laisser un commentaire