Le réveil du Lion grognon – Partie 2 : Cinquantenaire de l’indépendance : un bilan amer.

Lire la première partie de cette série.

50 ans après l’avènement du panafricanisme africain pendant la période d’indépendance, l’Afrique a subit la crise des années 70 et son lot de recul de problèmes qui ont freiné son développement.

Un bilan économique et social décevant

50 ans indépendance

Au lendemain de l’indépendance, les pays africains se frottaient les mains en pensant aux perspectives de rattrapage sur les anciennes métropoles. Pour preuve, l’Afrique est un continent riche où les ressources naturelles sont abondantes. En 2010, le continent fêtait le cinquantenaire de son indépendance. L’heure était au bilan.

Croissance économique et sociale

Selon le rapport 2010 sur le développement humain, c’est en Afrique et en Asie que la pauvreté multidimensionnelle (éducation, santé et niveau de vie) était le plus présent. 28% des personnes pauvres se retrouvent en Afrique. Ils représentaient alors 458 millions d’africains. C’est l’Afrique qui enregistrait le pire score de l’indice de développement humain : 0.43.

Le rapport de suivi des objectifs du millénaire de 2010 n’était pas plus encourageant. Il rapportait qu’en 2005, 51% des africains vivaient avec moins de $1,25 par jour. 26% de la population ne mangeait pas à sa faim en 2007. C’était en Afrique qu’on retrouvait le plus d’enfants qui ne vont pas à l’école.

Une santé fragile

Par ailleurs, le continent était ravagé par de le VIH-SIDA, le paludisme et la tuberculose. Les enfants y mouraient trop tôt à cause de diarrhée ou de manque de vaccination. Seulement la moitié des accouchements étaient faits par des professionnels, ce qui explique en partie que beaucoup trop de mères ne survivaient pas à leur accouchement.

Politique

C’est en Afrique que se posait le plus le problème de la relève de la classe politique puisque un grand nombre de ses dirigeants avaient été au pouvoir depuis plusieurs décennies et métrisaient d’une main de fer leurs populations. Par ailleurs, l’Afrique était plus vulnérable aux conflits armés, nourris par les inégalités, la corruption et les différences ethniques.

Désastres écologiques

Les pays d’Afrique situés autour de l’équateur ont été le plus touchés par le réchauffement climatique, poussant les populations à émigrer et causant des famines à répétitions. Les pays africains qui arrivaient à s’industrialiser eux aussi rencontrent des enjeux de pollution liée au surpeuplement dans les villes, des problèmes de traitement de déchets ou l’utilisation de vieux véhicules.

Le panafricanisme à la rescousse

Face au constat de ces minces progrès, un nouveau mouvement panafricain a vu le jour. Je pense qu’au départ, ce mouvement avait pour but d’interpeller l’Afrique et sa diaspora sur l’échec du rattrapage 50 ans après l’indépendance. Il s’agissait d’un panafricanisme qui interpelle et qui mobilise pour la renaissance de l’Afrique.

Ce discours panafricain a connu des dérives – consciemment ou pas. Je suis souvent choquée de voir des pages Facebook qui présentent de l’information d’une façon qui peut être facilement détournée et susciter xénophobie et racisme au pire ou susciter le manque de solidarité vis-à-vis des autres au mieux.

Exemples de panafricanisme détourné

Je ne suis pas Charlie, je suis africain

Certaines réactions à ce post de RFI m’ont fait froid dans le dos.

 Je suis charlie

Rappelons que #JesuisCharlie ne remettait pas en cause l’appartenance culturelle. C’était avant tout un mouvement mobilisateur pour défendre la démocratie et pour les valeurs républicaines.

Trouver des boucs émissaires pour expliquer les problèmes de l’Afrique

On l’a tous lu quelque part ces discours dans lesquels on refuse d’admettre notre responsabilité de nos échecs.

C’est à cause de la France que l’Afrique ne s’en sort pas

Ces discours des fois me font rire parce qu’en effet, les pays occidentaux influencent la politique et l’économie des pays du Sud – pas seulement en Afrique. Oui, la politique étrangère américaine depuis la guerre en Irak a été un échec car elle a multipliée les foyers d’intégrisme.

Oui, la politique étrangère des pays du Nord est motivée par les intérêts économiques pour faire prospérer leurs économies. Ce n’est pas éthique mais c’est compréhensible. Les politiciens veulent se faire élire.

Oui, la politique étrangère de la France en Afrique (France-Afrique) a eu des conséquences importantes autant au niveau politique, qu’économique en Afrique.

Mais nous, quelle est notre part de responsabilité dans tout cela ? Pourquoi les africains ne se mobilisent pas pour demander à leurs gouvernements de leur rendre des comptes ? Après tout, ce sont eux qui sont sensés diriger leurs états et laissent le loup rentrer dans le poulailler.

Voici un post qui critique la politique occidentale et fin de ne pas mentionner que jusqu’à récemment, le gouvernement Nigérian – première puissance d’Afrique sub-saharienne – n’avait pas levé le petit doit pour combattre la montée en puissance de Boko Haram. Ce qu’on retiendra c’est que c’est la faute aux occidentaux.

 Boko-Haram

On peut critiquer la politique étrangère des pays mais il faut aussi penser à une réalité : le lecteur moyen à tendance à prendre les choses au premier degré surtout quand on parle de sujets sensibles. On prend de moins en moins le temps de réfléchir et de se faire sa propre opinion.

Utiliser les préjugés pour faire passer des messages

Prenons cet exemple qui a été repris par plusieurs sites panafricains.

 difficulté-noirs

Cet exemple parle de la responsabilité « du noir » dans son retard économique. Il soulève des points pertinents : l’individualisme et le manque responsabilisation de la communauté noire entre autres. La forme me met cependant mal à l’aise. Cet article utilise un tas de stéréotypes et cite des chiffres dont on ne connait pas la source. Peu de lecteurs remarquent – parce que c’est écrit à la toute fin – qu’il s’agit d’une interview fictive. Pourquoi avoir recours à une interview fictive plutôt qu’exprimer son point de vue directement ? Pourquoi utiliser l’image d’un membre de la communauté juive qui parle des noirs dans des propos peu élogieux si ce n’est que pour stigmatiser les deux communautés ?

Les réactions des internautes montrent à quel point cette technique crée de la confusion.

  • Une partie des internautes se lancent dans des propos antisémites. Ces personnes quitteront la page en pensant que la communauté juive s’oppose à l’émancipation des noirs.
  • D’autres se laissent aller au fatalisme et renforcent leurs idées selon lesquelles le ‘noir’ n’est pas assez bien pour s’en sortir pourtant, le panafricanisme prône l’émancipation et la fierté d’être noir/africain.
  • Quelques-uns arrivent à avoir un discours plus nuancé. Ils comprennent le message de fond qui si je l’ai bien compris est qu’il faut se prendre en main pour pouvoir s’en sortir.

Ceci est le parfait exemple que les discours panafricains peuvent être contre-productifs. On doit faire attention à ne pas encourager les stéréotypes et les amalgames et adopter un discours positif et constructif.

De la même façon que l’extrême droite en Europe fait l’amalgame entre l’Islam, l’intégrisme et l’immigration et la criminalité, nous devons rester prudent et ne pas nous aussi rentrer dans cette guerre médiatique, dans la propagande contre les autres.

Pensez-vous que le panafricanisme soit incompatible avec une solidarité plus inclusive qui ne se limite pas seulement aux africains ?

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