L’aide au développement et conflits armés (3/3)

Pour en finir avec la série Aide et conflits armés, il semblerait que :

  • l’aide ait un effet stabilisateur sur le risque de guerres civiles mais  déstabilisateur sur l’incidence des coups d’État.
  • l’aide ne va pas toujours aux pays qui le méritent. Comme certains donateurs sont motivés par des raisons qui n’ont rien à voir avec le devoir humanitaire mais plutôt des intérêts économiques, politiques etc., les effets de l’aide peuvent être inattendus (c’est à dire des résultats autres que le développement économique et social).
  • Selon Arcand et Chauvet (2002) c’est plutôt l’incertitude liée au volume d’aide qui aurait un effet déstabilisateur. Si un dictateur s’attend à ce que le volume d’aide baisse d’une année à l’autre, il fera tout pour dilapider le butin tant qu’il le peut. C’est le fait d’anticiper un changement brutal du niveau d’aide internationale qui va influencer l’incidence de conflits armés :
    • L’élite va capturer la rente temporaire et maintenir la majorité dans une situation de dépendance, de concurrence et de pauvreté. La révolte du peuple semble alors être le seul moyen de réduire les inégalités politiques, économiques et sociales. On se retrouve en situation de guerre civile.
    • Les militaires engraissés et poussés par l’appât du gain en voudront capter plus la totalité de la rente au plus vite, avant que le volume d’aide ne baisse. On est dans une situation de coup d’État.

why_aid_is_bad_for_africa__victor_ndula

Quelques pistes de solution :

  • La conditionnalité de l’aide – lorsque l’aide est offerte sous condition que le pays ait déjà mis un processus de bonne gouvernance en place – est importante afin d’éliminer l’incertitude et d’inciter les gouvernements à devenir plus responsables. En effet, si l’aide est accordée aux gouvernements qui ont un historique de bonne conduite, on sait à l’avance que ce sont eux qui recevront le plus d’aide, tant et aussi longtemps que leurs institutions économiques, politiques et sociales resteront efficaces.
  • Les donateurs ont la responsabilité d’effectuer une meilleure gestion des fonds. Cette responsabilité, ils la doivent aux contribuables du Nord, car n’oublions pas que l’aide au développement est de l’argent public. On s’attend à ce que ces bailleurs de fonds :
    • se dotent de mécanismes de supervision plus rigoureux pour s’assurer que l’aide sera utilisée à bon escient. C’est un moyen de lutter contre la fongibilité de l’aide.
    • effectuent une gestion de don plus transparente c’est à dire que les critères de sélection des pays bénéficiaires soient plus clairs et stables. Par conséquent, si la Libye ne reçoit pas d’aide cette année car il s’agit d’un État voyou, il n’y a pas de raison pour que le volume d’aide augmente l’année d’après alors qu’aucun changement majeur n’a été effectué dans la gestion du pays. Une telle imputabilité ne serait pas possible sans le concours des citoyens qui doivent demander des comptes à leurs gouvernements respectifs.
    • utilisent l’aide plus comme récompense qu’un tremplin. En effet, pour faire avancer un âne, il faut agiter une carotte sous sont nez. Si on lui donne la carotte avant même qu’il n’ait fait un pas, il n’a aucun incitatif à avancer.
    • engagent une tierce partie afin de vérifier la nécessité de l’aide et d’en mesurer sa portée. Le but étant d’éviter qu’en cas d’échec, le bénéficiaire ou le donateur ne puissent déclarer que le partenariat fût un succès.

Imaginons qu’un an après avoir reçu une certaine somme, la situation d’un pays n’ait pas changé d’un poil. On ne peut pas faire confiance au bénéficiaire pour mesurer l’efficacité de l’aide car il serait prêt à tout pour conserver sa poule aux oeufs d’or. On ne peut pas non plus faire confiance au donateur car il n’osera pas avouer qu’il a jeté l’argent public par la fenêtre. Pire, il ne pourra pas non plus se servir du constat de cet échec comme raison pour stopper son aide. Résultat : on reproduit l’exemple de l’ex-Zaire de Mobutu qui a continué a recevoir de l’aide alors que la population ne cessait de s’appauvrir. Aujourd’hui, ce pays riche en ressources naturelles est plongé dans le cercle de pauvreté et de guerre civile.

Conclusion

La relation entre l’aide et les conflits armés est très complexe. L’aide internationale – qui a été conçue pour lutter contre la pauvreté – peut devenir une cause de pauvreté, de corruption et de conflits.

Quand on analyse la relation aide et conflits, il faut aussi tenir compte de beaucoup d’autre facteurs comme les relations  entre le donateur et le bénéficiaire, le «style de gestion» de l’élite, le profil des leaders de l’opposition, le potentiel de mobilisation de la diaspora et des pays amis, la composition ethnique etc.

Les bonnes politiques économiques ne sont pas suffisantes, un environnement politique stable est tout aussi important au moins pour s’assurer de la bonne utilisation de l’aide.

Quand les expériences passées montrent que ce sont les pays qui sont à peine sortis de conflits qui ont plus de chance d’y retomber (Côte d’ivoire, RDC, Angola etc.), est ce qu’on peut expliquer pourquoi les pays riches s’empressent d’augmenter leur aide aux pays en reconstruction?

Laisser un commentaire